Comment j'ai rencontré Dieu

 
IMG_3304 (1).jpg

Bonsoir chez vous,

Cela me manque souvent de ne pas vous écrire. Je pense à vous souvent, à tout ce que j’ai envie de vous raconter, à tout ce que j’ai envie de partager avec vous. Peut-être de partager tout court, à des gens extérieurs, vraiment extérieurs. Pas ceux que je rencontre ici, qui ont tous, à peu de choses près, la même histoire que moi. Tout quitter pour vivre une autre vie. Ne pas se reconnaître vraiment dans la vie qu’on a eue jusque là et partir trouver autre chose.
Il y a quelques années, à mon retour d’Inde, une de mes tantes, la plus religieuse de toutes (coucou Valou), m’avait un jour fait remarquer qu’à travers mes voyages, et tout le travail que je faisais sur moi, j’étais en quête. Et notamment en quête de Dieu. J’étais à l’époque réfractaire (le mot est faible) à toutes formes de religion. J’avais rejeté la religion (le judaïsme en l’occurrence) en bloc, aussi Dieu, les dogmes, les rites et toutes idées de croyance quelques années auparavant après le divorce de mes parents. Comment Dieu pouvait-il exister et me faire souffrir autant, cela n’avait pas de sens. J’avais aussi la conviction que la religion divisait les peuples, les gens et aussi très clairement ma famille. Je ne voyais pas les gens religieux beaucoup plus heureux que moi, parfois même moins et souvent tout aussi perdus. Il m’apparaissait donc évident que sa remarque était totalement infondée. Et elle avait d’autant moins d’impact qu’elle venait de ma tante, extrêmement religieuse, qui avait essayé, à de nombreuses reprises déjà, de prêcher la bonne parole auprès de la petite rebelle que j’étais.
Comme toutes les choses qui font écho en nous, sa remarque est restée gravée dans ma mémoire. Je me rappelle exactement du moment, de la conversation, de son intonation, de la manière dont elle m’a regardée en la disant. J’ai senti sa petite-remarque-de-rien-du-tout entrer en moi, taper fort dans mon esprit, faire un petit tour dans mon coeur, et aller se planquer dans mes souvenirs, dossier « non classés ». Je me rappelle aussi exactement de ce que je lui ai répondu. J’ai d’abord levé les yeux au ciel (assez ironique étant donné la nature du sujet), soufflé d’exaspération, et rétorqué avec tout l’aplomb du monde : Pff, n’importe quoi. Un argument super convaincant, donc. Je n’ai jamais vraiment repensé à ça pendant des années. Dieu et moi, c’était un sujet classé et il en faudrait vraiment des gros, de miracles, pour que je fasse marche arrière.

J’ai souvent raconté que je ne savais pas trop pourquoi j’étais partie en Inde. Ou plutôt j’ai souvent raconté des choses très factuelles du genre : je voulais rencontrer des fournisseurs pour la marque de fringues que j’étais sur le point de lancer (et que je n’ai jamais lancée), je voulais faire une retraite de yoga, voyager en sac-à-dos, visiter un nouveau pays et avoir un nouveau tampon sexy sur mon passeport. Tout ça était vrai bien sûr, j’ai bien rencontré des fournisseurs, fait une retraite de yoga, voyagé en sac-à-dos et hérité d’un nouveau tampon sexy sur mon passeport. Et à la fois, c’était loin d’être totalement honnête. Véritablement, j’ai été cherché quelque chose en Inde. Je le sais, et pire, tout le monde a semblé le savoir avant moi. J’ai été me chercher, moi. Ce qui, avec le recul, n’est vraiment pas très loin de chercher Dieu.
Je suis partie en Inde à la fin de ma thérapie. J’ai beaucoup souffert quand j’étais plus jeune et à dix-neuf ans, je me suis retrouvée pour la première fois dans le cabinet de ma psy. Quand on souffre beaucoup, on cherche des réponses. Certains se tournent vers la religion, d’autres vers la drogue (qui soit dit en passant agit sur la même partie du cerveau). Moi, je me suis tournée vers la thérapie. J’ai répondu aux questions « et à ce moment-là, qu’as-tu ressenti ? » et « Pourquoi à ton avis ? » à peu près trois mille fois en sept ans. J’ai tout fait pour comprendre et me guérir. Ce que j’ai réussi. J’ai compris et je me suis guérie. Avec ma tête. J’ai tout compris avec ma tête. J’ai compris chacun de mes mécanismes, j’ai appris à m’apprivoiser, à parler aussi, à vivre en société sûrement, à vider tous mes souvenirs, toutes ces choses que j’avais gardées en moi et qui pesaient trop lourd. À la fin de ma thérapie, donc sept ans plus tard, en théorie j’allais bien. Mais en pratique, je n’avais aucune idée de qui j’étais, de ce qui vibrait à l’intérieur de moi ni de ce que j’avais envie de faire de ma vie. Ma tête marchait, mais pour le reste c’était le vide sidéral. C’est exactement quand j’ai réalisé ça que j’ai tout plaqué et que je suis partie en Inde. Je suis partie en Inde pour me chercher, pour me trouver aussi. Et ça a été mon tout premier contact avec ma spiritualité.

J’ai découvert en Inde une toute nouvelle relation à la religion. Une foi qui rend heureux, une foi beaucoup plus tournée vers l’intérieur que vers des rites et des traditions extérieures. J’ai appris en Inde et à travers le yoga le principe qui a changé ma vie à jamais : Nous ne sommes ni notre corps, ni nos émotions, ni nos pensées mais la conscience derrière tout ça.
À mon retour à Paris, je ne savais pas vraiment quoi faire de tout ça. Je l’ai laissé dans un coin de moi, et j’ai continué mon chemin. Sauf que j’ai ramené d’Inde la pratique du yoga. J’ai pratiqué le yoga régulièrement pendant les cinq années qui ont suivi. À chaque séance, j’ai appris un peu plus sur moi, sur mon corps, mes émotions, mon mental et sur cette fameuse conscience-derrière-tout-ça. J’ai tout appris du yoga et il me faudrait probablement trois cent articles pour vous en parler. J’ai appris à apprivoiser mon mental et j’ai rencontré ma conscience, mon âme, mon vrai moi. Petit à petit, j’ai commencé à penser des choses du genre : tout arrive pour une raison. J’ai commencé à m’intéresser à la loi de l’attraction et à écouter mon instinct. Je ne mettais pas le mot dessus parce que je n’avais pas conscience de ce que je faisais, mais c’était là. Quelque chose de plus grand que moi. Ma spiritualité.

Et puis, il y a un an exactement, je suis venue à Bali pour la première fois. Je rêvais de Bali depuis toujours, sans vraiment savoir pourquoi. Je suis arrivée là et quelque chose s’est ouvert en moi. Je n’ai pas vraiment compris sur le coup, j’ai juste su que je devais revenir, que j’avais commencé quelque chose que je devais poursuivre, et qu’il était temps. J’étais prête. Je vous passe la partie administrative pendant laquelle je suis revenue à Paris plaquer mon boulot et convaincre mes parents. Quoique mes parents étaient plutôt encourageants la deuxième fois que je suis partie, c’est la troisième fois où ça s’est compliqué. Je suis revenue à Bali deux mois plus tard pour faire une formation pour être prof de yoga. Je ne pouvais pas tout quitter pour partir trouver ma spiritualité, je n’y croyais pas vraiment encore, j’avais besoin d’une meilleure excuse, j’avais besoin d’une main tendue à attraper. Et j’ai attrapé celle de Tanya, ma prof de yoga. Tous les matins pendant un mois, comme souvent dans la pratique du yoga, Tanya nous a invités à poser une intention pour notre journée. J’ai posé mon intention le premier jour de formation et je l’ai gardée plusieurs mois durant. Mon intention s’est formulée d’elle-même. Elle s’est matérialisée dans mes pensées, elle est venue en moi sans même que je l’appelle ou ne la réfléchisse. J’ai juste entendu ces deux petits mots résonner dans ma tête : J’ai confiance.
Bien sûr, mon cerveau a un peu paniqué et essayé d’analyser ça. Tu as confiance, ok, mais tu as confiance en quoi ? J’ai confiance en moi avant tout, j’ai confiance dans les autres, j’ai confiance dans l’Univers. Je n’ai pas mis le mot Dieu dessus. Cela n’avait rien à voir avec Dieu pour moi, pas le Dieu qu’on m’avait présenté en France ni dans le judaïsme. Je ne me reconnaissais en rien là-dedans. J’ai confiance dans l’Univers. C’était ma première étape. J’ai confiance en cette chose plus grande que moi.

J’ai découvert ma spiritualité à travers le yoga, en me connectant à moi. En partant à la rencontre de ma conscience, à l’intérieur de moi. En me débarrassant de ma matérialité : mon corps, mes émotions, mes pensées. Souvent, il y a guerre interne à l’intérieur de moi. Mon moi matériel se bat contre mon moi spirituel. Généralement, mon moi matériel me pose des tas de questions : qu’est-ce que tu fais ? où tu vas ? comment tu vas gagner de l’argent ? quand est-ce que tu vas te marier et avoir des enfants ? Mon moi matériel ressemble étrangement à mon père dans ses mauvais jours. Mon moi spirituel, c’est plutôt : ne t’inquiète pas, aie confiance, tu es exactement là où tu dois être, vis dans le présent, tout arrive pour une raison. Je dois avouer que la vie est beaucoup plus douce quand mon moi spirituel prend le dessus.
Je suis rentrée à Paris après ma formation de yoga et j’en étais là. Je suis rentrée à Paris et mon moi matériel festoyait sévère. Mon appartement, mon job, ma famille, l’argent sur mon compte, les restos, les plans à long terme et les prochaines vacances. J’ai compris que j’avais été ce moi matériel toute ma vie, que j’avais entassé les fringues, les livres, les photos sur les murs, les amis et les histoires. Mais que j’avais enfin découvert une nouvelle partie de moi, une partie de moi que j’avais eu envie  de découvrir depuis si longtemps, une partie de moi que j’avais maintenant envie d’apprendre à connaître et à comprendre. J’ai réalisé que j’avais envie d’être mon moi spirituel pour un temps. Que ce n’est que quand j’aurais été mon moi spirituel à plein temps que je pourrais trouver mon équilibre. Je n’ai pas vocation à finir moine (moinesse ?) dans un temple, ou ermite en haut d’une montagne. Par contre, j’ai besoin de comprendre ma spiritualité, d’aller à son extrême et d’en garder que ce que j’ai envie d’en garder. Alors je suis partie à Bali une troisième fois. J’ai sacrément ébranlé mon moi matériel quand j’ai vendu tout ce que j’avais accumulé jusque-là et lâché mon appartement. Mais je suis sûre qu’il me pardonnera.

Souvent, on nous parle de la spiritualité comme d’une force extérieure. Un Dieu extérieur et puissant à respecter et vénérer. Le paradis, l’enfer, les belles histoires et les leçons de vie. Des rites, un régime alimentaire, des obligations, un code moral et des règles de conduites. La culpabilité aussi, le péché et les interdictions. Si seulement on nous parlait de la spiritualité comme d’une force intérieure. Partir à sa recherche, apprendre à se connaître, apprendre à s’aimer, apprendre à faire le tri à l’intérieur de soi. Et savoir exactement ce qui est bon pour soi. Ne pas suivre des règles à la lettre, établir ses propres règles. Aller rencontrer sa conscience, son âme, cette version de nous-mêmes à la source. Cette petite voix qu’on entend à l’intérieur de nous, témoin de nos vies. Cette petite voix, c’est ton vrai toi. Cette petite voix, c’est Dieu en toi.
Dieu est en chacun de nous. Dieu est en chaque chose. C’est en cela que les hindous vénèrent tout ce qui les entoure. Ils n’ont pas un Dieu du scooter et un Dieu de la route mais dans le scooter, et dans la route, ils voient Dieu. Dans le scooter, dans la route, dans la petite fourmi qui se balade sur mon bras depuis une heure et que je n’écraserai pas, dans toi, dans moi, partout. C’est exactement le sens du mot Namaste. Namaste signifie : la lumière divine en moi honore la lumière divine en toi. Dieu en moi reconnaît Dieu en toi, et ça que tu sois juif, chrétien, musulman, hindou, athée, blanc, noir, grand ou roux. Te faire du mal à toi, ou à la petite fourmi sur mon bras, revient donc à me faire du mal à moi. Ne fais pas aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse devrait plutôt être : ne fais pas aux autres ce que tu ne ferais pas à toi-même.

Cette connexion à soi, elle se travaille et elle se travaille tous les jours, sans relâche. Pour moi, elle passe par le yoga, l’écriture, le dessin dernièrement, la méditation. Mais elle peut véritablement passer par n’importe quoi. Cette connexion à soi, ce n’est rien de plus qu’une connexion au moment présent en pleine conscience. Sortir de ses pensées, sortir de son corps, sortir de ses émotions. Cela peut être tricoter ou jongler ou même marcher dans la forêt. Tant que tu tricotes en ne pensant qu’à ton tricot, en ne faisant que du tricot et en ne ressentant que ce que le tricot te fait ressentir. La pleine conscience. Et c’est un peu le principe de la prière. Quand on prie en choeur avec des tas de gens dans un temple ou une église, c’est une forme de médiation, une forme de transe. C’est d’autant plus fort quand on prie dans une langue qu’on ne comprend pas. Car le sens n’a pas vraiment d’importance, c’est l’état qui compte. Sortir de ses pensées, sortir de son corps, sortir de ses émotions. Se connecter à sa conscience.

Cinq ans plus tard, je repense à cette petite-remarque-de-rien-du-tout : tu es en quête de Dieu. Les gens en quête sont en quête toute leur vie. Ils n’arrêtent jamais de chercher. Je ne suis pas en quête, je trouve. Je me suis trouvée en l’occurence. Et en me trouvant, j’ai trouvé Dieu.
Nous pouvons être croyants sans adhérer à aucune religion. Je n’adhère à aucune religion aujourd’hui. Peut-être que j’y reviendrai plus tard, et probablement que si c’est le cas, je choisirai la mienne.

Il y a quelques jours, je me suis vue écrire la phrase suivante sur un de mes cahiers : Tu n’as jamais été seule, tu as toujours été avec toi-même. En y réfléchissant aujourd’hui, je réalise que j’aurais pu aussi l’écrire ainsi : Tu n’as jamais été seule, tu as toujours été avec Dieu. Mais je suis pas encore prête, hein. Je vais partir vite avant de regretter ma trop grande avancée et de tout effacer.

N’oubliez pas que tout arrive pour une raison. Et que si vous me lisez à cet instant, peu importe où vous êtes dans le monde, vous n’êtes sûrement pas arrivé là par hasard.
Je vous embrasse bien fort, comme toujours.
Camille