La peur est le sentiment le plus utile

 
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Il y a quelques années, une personne que j’admirais beaucoup et dont j’apprenais beaucoup, m’a un jour dit : « La peur est le sentiment le plus inutile qui soit, elle ne sert jamais personne. » Comme j’ai toujours aimé les jolies phrases, les citations et les révélations psychologiques choc, j’avais trouvé ça super intelligent et super vrai, et je l’avais gardé bien au chaud dans un coin de ma tête. À chaque fois que j’avais peur, je me raisonnais en me répétant que la peur était un sentiment inutile et que je ferais mieux de passer à autre chose.
Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’arrêter de ressentir quelque chose simplement en vous disant que c’était inutile. Pour ma part, cela n’a jamais été très concluant. J’ai eu beau me dire que c’était inutile d’avoir peur, d’être triste, en colère ou de ressentir tout autre sentiment que je ne voulais pas ressentir. Cela ne m’a jamais (jamais jamais) aidé à arrêter de le ressentir. Technique pourrie.

Comme vous tous, j’ai des tas de peurs. Je ne vous parle pas des peurs du quotidien, comme la peur d’arriver en retard ou d’avoir laissé le four allumé en partant. Je vous parle des peurs qui s’ancrent en nous, des peurs profondes, de celles qui peuvent décider de nos vies sans qu’on s’en rende compte. Il y en a certaines que je connais très bien, qui me suivent depuis l’enfance. D’autres que je découvre au fur et à mesure des expériences et du temps qui passe. D’autres encore que je cache au plus profond de moi et que je fais semblant de ne pas voir. Et puis, il y a aussi celles que je combats, celles dont je ne veux pas et auxquelles je résiste de toutes mes forces.
L’une des premières choses qu’on apprend au yoga, et que j’ai partagé avec vous dans les premiers jours de mon voyage en Inde, c’est que nous ne sommes pas nos émotions. Nous ne sommes pas non plus notre corps, ni nos pensées, mais vous lirez tout ça dans mon article de l’époque. J’ai peur, c’est un fait. Mais je ne suis pas ma peur. C’est assez difficile à comprendre et appréhender les premières fois. Comment arriver à dissocier mon ressenti de ma personne ? Ne pas s’identifier à ses peurs (et plus largement à toutes ses émotions), comment on fait et qu’est-ce que cela veut dire ?

Je vois ma peur. Je suis conscient que j’ai peur. Je connais ce que ça fait dans mon corps. Généralement, quand on a peur, c’est assez proche du stress. On a le coeur qui bat plus vite, on pense plus vite, on parle plus vite, on bouge plus vite, on dort mal ou pas du tout, on est super sensible voire irritable. Pour chacun de nous, c’est différent. Vous connaissez sûrement vos symptômes, les symptômes qui vous permettent de comprendre que vous avez peur, de voir votre peur. Par définition, si je vois ma peur, si je vois ce qu’elle fait dans mon corps, c’est qu’elle est une entité différente de moi, elle n’est pas moi. Elle n’est pas moi, je ne suis pas elle. Affaire conclue. Je ne suis pas ma peur.
Si vos peurs et vous, vous n’êtes pas la même personne, alors vous pouvez prendre le dessus. Ou plutôt garder le dessus. Vous pouvez choisir, dans n’importe quelle situation, que vous soyez sur une corde suspendue au-dessus du vide avec la peur de tomber ou sur le point de tomber amoureux avec la peur de vous engager, vous pouvez choisir de rester aux commandes. C’est vous le chef, c’est vous qui conduisez. Ne lâchez jamais le volant. 

Pendant ma formation à Bali, dans les premiers jours, un matin aux aurores, notre prof nous a plongés en méditation et nous a fait répéter plusieurs fois : « Hey fear, I see you, I love you, you’re my best friend. Take my hand and let’s go through this together. » (*Salut peur, je te vois, je t’aime, tu es ma meilleure amie, prends ma main et traversons ça ensemble). On a répété la même chose en remplaçant la peur par la tristesse, la colère, le deuil. C’était assez déroutant comme expérience. C’est pas tous les jours que tu décides de t’adresser à ta peur, en choeur avec quinze autres personnes que tu viens tout juste de rencontrer, au milieu d’une rizière à trois mille kilomètres de chez toi. Mais aussi complètement dingue. Prends ma main et traversons ça ensemble. Plus que de ne pas s’identifier à nos peurs, nous apprenions à les accepter, à les aimer et à les traiter avec bienveillance. Ne pas résister à ses peurs. Ne pas les combattre. Au contraire, leur faire confiance. Si j’ai peur, c’est qu’il y a une raison.

Depuis que je suis rentrée de Bali, début octobre, j’ai essayé de reprendre ma vie parisienne petit à petit. J’ai commencé à donner des cours de yoga, j’ai continué à écrire dans mon coin, j’ai passé du temps avec mes êtres aimés. Pour autant, je savais que j’avais une décision à prendre. Je savais que j’avais débloqué un nouveau niveau de moi-même. C’est comme dans les jeux vidéos, plus on creuse en soi, plus on débloque des niveaux. Et j’ai compris très vite que mon nouveau moi ne serait plus heureux dans mon ancienne vie. J’avais une décision à prendre. Quoi faire de moi, où habiter, avec qui construire la suite. Mais je n’avais aucune idée de comment la prendre. Comment on fait dans ces cas-là ? Et puis, j’ai réalisé que j’avais déjà la réponse, je l’avais en moi depuis très longtemps. Je savais au fond de moi, je savais exactement ce que je devais faire et quelle décision prendre. Je l’avais toujours su. On a toujours les réponses en nous, aucun doute là-dessus. Je n’avais jamais vraiment eu envie de la voir, ni de l’envisager. Parce que j’avais trop peur. Parce que c’était exactement la décision qui me terrifiait le plus. J’étais terrorisée dans toutes les cellules de mon corps. Alors c’est exactement la décision que j’ai prise. (Et je suis toujours terrorisée dans toutes les cellules de mon corps).

J’ai changé de vie plusieurs fois, j’ai remis en question à peu près tout ce qu’il y avait d’acquis dans ma vie, et on m’a souvent dit : « Oui mais pour toi c’est facile de tout quitter et de partir, moi je fais pas partie de ces gens-là, je peux pas j’ai peur. » Cela a toujours fait très plaisir à mon ego bien sûr. Mais cela me faisait aussi beaucoup rire. Je ne conseille à personne de passer du temps avec moi quand je prends les grandes décisions de ma vie. J’ai tellement peur que je dors tout le temps. Il y a certaines personnes que ça empêche de dormir, moi au contraire je dors pour m’échapper de la réalité et oublier que j’ai peur. Et quand je suis réveillée, je change d’humeur en exactement une seconde. Je passe de l’excitation totale à la tristesse absolue. Je peux pleurer d’avoir raté mon métro ou loupé une marche dans l’escalier. Et à l’inverse je suis profondément heureuse de croiser un petit chien tout moche dans la rue ou d’allumer une bougie. J’ai peur à en crever. J’ai peur, comme tout le monde. Mais je ne suis pas ma peur. Je garde le contrôle. Je me sers de ma peur pour savoir là où je dois aller.

Alors finalement. La peur est le sentiment le plus utile qui soit. (Et celle-là, elle est de moi, vous pourrez l’accrocher sur votre mur, non ?). La peur vous guide exactement là où vous avez envie d’aller, là où vous devez aller, là où vous vous devez d’aller. Pour vous mêmes. De l’autre côté de la peur, il y a la vie que vous méritez. Donnez-vous la vie que vous méritez. (Celle-là aussi, elle est de moi. Oui oui). Ne combattez pas vos peurs, ne les foutez pas au placard dans un coin de vous-mêmes. Essayez de les comprendre, essayez de les écouter, elles ont une raison d’être et un message pour vous. Elles portent vos envies les plus profondes, vos rêves, le sens que vous avez envie de donner à votre vie, la vie que vous avez envie de vivre sûrement, peut-être même votre vocation. Elles ont toujours un message pour vous. 

Cherchez vos peurs. On se construit une vie pleine de sécurité et de confort, un quotidien dans lequel on efface nos peurs, on les oublie, on ne les confronte jamais. Faites l’exercice. Allez déterrer vos peurs et demandez-vous pourquoi. Pourquoi vous avez peur. Cherchez le fond du fond et dépassez-vous. Dépassez-vous, vous ne devez rien à personne d’autre qu’à vous-mêmes.

Je vous embrasse bien fort, comme toujours
Camille

PS : Essayez de ne pas prendre vos peurs au premier degré. Si vous êtes sur une corde suspendue et que vous avez peur de tomber, ce n’est pas au sens littéral. Peut-être que vous avez peur de tomber dans la vie, d’échouer. Si vous avez peur de la mort, généralement quand on a peur de mourir c’est qu’on a peur de vivre. Car quand on vit à fond, qu’on se donne les moyens de réaliser ses rêves et de surmonter ses peurs, on ne pense jamais à l’échéance.